La durabilité : des enjeux en trois dimensions
Ce nouveau « Papier de l’ORC » s’inscrit dans le cadre de l’étude « Durabilité : Les impacts dans la culture », à paraître en automne 2026.
Les termes de « durabilité » et d’« écologie » sont souvent utilisés de manière interchangeable. Or, ces deux notions sont bien distinctes. La durabilité dépasse les enjeux environnementaux et embrasse un champ bien plus large. La notion de durabilité repose en effet sur trois piliers : écologique, économique et social. En anglais, ils sont regroupés sous la formule des 3P : People, Planet, Prosperity.
- La dimension écologique vise à préserver les écosystèmes, la biodiversité et les ressources naturelles. Elle implique une gestion responsable de l’environnement, limitant les impacts négatifs des activités humaines afin de maintenir les équilibres naturels indispensables à la vie.
- La dimension économique consiste à assurer un développement économique viable sur le long terme, sans compromettre les ressources nécessaires aux générations futures. Elle repose sur une utilisation efficiente des ressources ainsi qu’un équilibre entre croissance, innovation et responsabilité.
- La dimension sociale a pour but de garantir le bien-être, l’équité et la cohésion entre les individus et les sociétés.
Cette approche en trois dimensions a été formalisée lors du Sommet de la Terre, en 1992 à Rio. Fruit de cette rencontre, la « Déclaration de Rio » affirme que « Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine (pilier social) et productive (pilier économique) en harmonie avec la nature (pilier écologique) » (Principe 1).
La Déclaration édicte en tout 27 principes détaillant les résolutions de La Conférence des Nations Unies. Voici trois exemples illustrant les trois piliers de la durabilité :
- Dimension écologique : « Les Etats doivent promulguer des mesures législatives efficaces en matière d’environnement. Les normes écologiques et les objectifs et priorités pour la gestion de l’environnement devraient être adaptés à la situation en matière d’environnement et de développement à laquelle ils s’appliquent. […] » (Principe 11).
- Dimension économique : « Les Etats devraient coopérer pour promouvoir un système économique international ouvert et favorable, propre à engendrer une croissance économique et un développement durable dans tous les pays, qui permettrait de mieux lutter contre les problèmes de dégradation de l’environnement. […] » (Principe 12).
- Dimension sociale : « Les populations et communautés autochtones et les autres collectivités locales ont un rôle vital à jouer dans la gestion de l’environnement et le développement du fait de leurs connaissances du milieu et de leurs pratiques traditionnelles. Les Etats devraient reconnaître leur identité, leur culture et leurs intérêts, leur accorder tout l’appui nécessaire et leur permettre de participer efficacement à la réalisation d’un développement durable. » (Principe 22).
Les principes de la « Déclaration de Rio » ont été rassemblés dans l’Agenda 21, édictant le plan d’action à mettre en place par les collectivités territoriales en termes de durabilité écologique, économique et sociale. Dans la continuité de l’Agenda 21, l’Agenda 2030 a été ratifié par les Etats membres de l’ONU. Ce nouveau document formule 17 objectifs de développement durable (ODD), articulés autour de cinq principes directeurs (5P) : « Population », « Planète », « Prospérité », « Paix » et « Partenariat ».
Dans le champ culturel
Les enjeux climatiques ont d’abord émergé dans les secteurs de l’industrie et de l’énergie, avant de se déployer progressivement dans le milieu culturel. La culture a en premier lieu exploré la dimension sociale, avant de s’ouvrir aux réflexions sur les champs écologique et économique.
Plusieurs initiatives se sont développées dès le début des années 2000, pour intégrer la transition écologique dans les pratiques artistiques. The Shift Project, association française créée en 2010, souligne la double tension des questions écologiques dans le secteur culturel : « A travers son empreinte physique, le monde de la culture est aussi responsable que vulnérable face aux bouleversements et aux transformations à venir. »
Désormais, de nombreux dispositifs documentent les enjeux environnementaux dans la culture et proposent des outils et bonnes pratiques. En Suisse, Reflector, la Tatenbank (alimentée par l’association Vert le futur) ou encore Sustainable Arts ont valeur de référence. L’ORC a recensé plus d’une quarantaine d’initiatives – locales, nationales ou internationales – utiles pour la Suisse romande, rassemblées dans un répertoire en ligne.
Les liens entre activités culturelles et activités économiques sont documentés depuis une quarantaine d’années, conduisant les collectivités publiques à mettre en place des politiques publiques fortes destinées à renforcer l’attrait et le dynamisme de leur territoire. En Suisse romande, plusieurs études récentes1 ont évalué l’impact économique du secteur culturel. Selon les chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique (OFS), la culture représente 2,1% du PIB.
Enfin, la dimension sociale est intimement corrélée à l’essence même de la culture. Dans sa définition de la culture, l’UNESCO insiste sur ce lien fondamental : « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »
Ainsi, la notion de « durabilité » ne peut être réduite à sa seule dimension environnementale. Elle repose sur l’articulation de trois piliers complémentaires – écologique, économique et social – dont l’équilibre conditionne la capacité des sociétés à répondre aux défis contemporains. Dans le domaine culturel, cette approche globale invite les institutions, les collectivités publiques et les acteur·ices du secteur à repenser leurs pratiques, leurs modes de production et leurs relations avec les publics.
- Voir notamment « Le « poids » de l’économie créative et culturelle à Genève » (Ramirez et Latina 2017), « L’impact économique de la culture lausannoise subventionnée » (Grobéty 2023) et « Les retombées économiques régionales de la culture subventionnée à Bienne » (Grobéty 2025). ↩︎