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Quelle culture sur quel territoire ? Retour sur le 4e Rendez-vous de l’ORC

Le 4e Rendez-vous de l’ORC a réuni une quinzaine de personnes aux Arsenaux, à Sion, jeudi 30 avril 2026.

06.5.2026

Quelle culture sur quel territoire ? L’Observatoire romand de la culture a organisé son 4e Rdv de l’ORC autour de cette thématique, jeudi 30 avril aux Arsenaux, à Sion. Une quinzaine de personnes ont pris part à cette soirée, qui a permis d’ouvrir la discussion sur les résultats de l’étude « Culture et loisirs : Enquête sur les activités des Suisses romand·es », publiée en novembre 2025 par l’ORC.

Présentée par Catherine Kohler, chargée de recherche, cette enquête démontre que la participation culturelle ne se limite plus à la fréquentation des institutions artistiques. Désormais, les pratiques numériques occupent une place centrale, les activités se déroulent souvent dans un cadre individuel et domestique. Les frontières entre culture et loisirs apparaissent de plus en plus poreuses. Cette évolution invite à élargir notre regard et à repenser les modalités de valorisation de ces multiples formes d’engagement culturel.

La présentation a donné lieu à une table ronde en présence d’Alain Dubois, chef du Service de la culture du Canton du Valais, de Mathieu Bessero-Belti, chef du Service de la culture de Martigny, de Samantha Gothuey, présidente de BiblioValais et de Catherine Kohler. Fructueux, les échanges ont notamment permis de croiser les échelles cantonales et communales.

La discussion s’est d’abord ouverte sur la diversité des régions linguistiques du Valais. Alain Dubois a souligné des disparités marquées, notamment en matière de fréquentation et de pratiques culturelles. Il a illustré son propos par un contraste frappant entre le théâtre professionnel et amateur dans le Haut-Valais, évoquant « 12 représentations professionnelles contre une centaine dans le domaine amateur » l’an dernier. Selon lui, ces différences reflètent des dynamiques territoriales et des choix politiques : « Le législateur a réaffirmé que le Canton soutenait prioritairement la culture professionnelle », tout en maintenant des dispositifs pour les pratiques amateures. Alain Dubois a insisté à plusieurs reprises sur cet équilibre délicat entre responsabilités cantonales et communales, rappelant que les communes restent des actrices clés du soutien aux pratiques amateures.

Régions culturelles

La question de la politique culturelle à l’échelle d’une ville a ensuite été abordée à travers l’exemple de Martigny. Mathieu Bessero-Belti a décrit un écosystème particulièrement dense, avec « plus d’un millier d’événements culturels » et près d’une centaine de professionnel·les actif·ves. Il a évoqué les défis liés à cette abondance, notamment en termes de durabilité et de lisibilité de l’offre. Mathieu Bessero-Belti a insisté sur la nécessité de penser l’accessibilité, en particulier dans les zones périphériques ou dans les communes fusionnées, où peut émerger un « sentiment de désert culturel ».

La réflexion sur la création de régions culturelles a prolongé l’échange autour de ces enjeux. Alain Dubois a expliqué que cette notion, introduite dans la révision de la loi sur la promotion de la culture, vise à structurer l’action publique entre la commune et le canton. Il a évoqué l’identification de six régions et les enjeux de financement liés aux « charges de centralité » – soit les coûts supportés par les villes-centres pour les équipements utilisés par les habitant·es des communes voisines. Il a insisté sur la nécessité de lutter contre une concentration de l’offre dans les zones de plaine, en développant des dispositifs de diffusion vers les régions de montagne. Il a notamment mentionné des initiatives permettant de prolonger la durée de vie des productions culturelles valaisannes sur plusieurs saisons.

Essor du numérique

Les liens entre culture, économie et tourisme ont également été discutés. Alain Dubois a évoqué des réflexions en cours pour intégrer davantage la culture dans la promotion de l’image du canton, ainsi que le développement des industries culturelles et créatives. Il a insisté sur le potentiel d’attractivité du secteur culturel, affirmant que celui-ci peut contribuer à l’installation de nouvelles populations. De son côté, Mathieu Bessero-Belti a illustré la porosité entre culture et tourisme à travers l’exemple de Barryland, qu’il considère « pleinement comme un acteur culturel » en raison de sa dimension patrimoniale, mais qui joue également un rôle touristique.

Le thème de l’essor des pratiques numériques a permis de nuancer certaines idées reçues. Alain Dubois a insisté sur l’importance de l’hybridation entre expériences physiques et numériques, évoquant notamment des projets de réalité augmentée liés au patrimoine et à l’archéologie. Samantha Gothuey a, quant à elle, mis en avant le rôle des bibliothèques dans l’accès aux contenus numériques, soulignant l’essor des e-books et des livres audio, pendant la pandémie, mais aussi après. Elle a observé une demande croissante pour ces formats, tout en rappelant que les usages restent complémentaires. Alain Dubois a confirmé cette tendance, indiquant que le prêt des ouvrages papier reste stable (1,8 million en 2025), malgré la croissance du numérique.

Freins à la participation

L’échange avec le public a ensuite permis d’approfondir plusieurs thématiques. La discussion a permis d’aborder les retombées de l’Abobo, abonnement culturel valaisan, dont l’offre se termine cette année. Sarah Mi-Song Bürer, directrice de Culture Valais, a souligné que cet abonnement avait favorisé l’accessibilité, notamment pour les publics retraités, mais que l’augmentation de son prix en 2025 avait freiné une partie des usager·ères.

Ce constat a fait écho aux préoccupations plus larges sur les coûts. L’étude ORC, de même que les enquêtes de l’OFS, démontre que les freins principaux à la participation culturelle sont les coûts et le manque de temps. Alain Dubois a indiqué que les Valaisan·nes disposaient d’un panier moyen de 1’200 francs par an pour les dépenses culturelles, tout en reconnaissant que les freins ne sont pas uniquement financiers. Il a insisté sur la nécessité de co-construire les offres culturelles avec les publics concernés. Mathieu Bessero-Belti a complété cette analyse en mettant en avant le rôle des cercles sociaux : selon lui, la participation culturelle dépend aussi du sentiment d’appartenance et de familiarité. Il a rappelé que les institutions sont ouvertes, mais que les publics fréquentent avant tout des espaces où ils se sentent légitimes et en confiance.

Au cours de cette table ronde, les échanges ont mis en lumière la complexité des politiques culturelles, mais aussi les enjeux territoriaux, transformations des pratiques et d’inclusion des publics.

Les deux prochains Rendez-vous de l’ORC permettront de prolonger les discussions autour de l’étude « Culture et loisirs ». Le 5e Rendez-vous se tiendra vendredi 19 juin 2026 à Albeuve (FR) autour des pratiques amateures. Enfin, le Laténium (NE) accueillera le 6e Rendez-vous de l’ORC sur la thématique des publics des musées, mardi 29 septembre 2026.